
La multiplication des conférences et séminaires en France à propos de l’influence des technologies sur l’écosystème de santé (par exemple le colloque industries TIC appliquées au domaine de la santé et de l’autonomie à Bercy le 1er décembre dernier) montre l’intérêt croissant de tous les acteurs liés au système de santé (ministères, régions, établissements, industriels, praticiens, …) pour les évolutions technologiques et leurs impacts dans le domaine de la santé.
Le point commun de ces réflexions et projets est bien sûr la technologie, et plus particulièrement les technologies de traitement et de diffusion de l’information. Mais quand on parle de numérisation, de e-santé, santé 2.0, etc. il est nécessaire de distinguer trois niveaux technologiques et d’usages qui n’ont pas les mêmes impacts sur le système de santé et ses acteurs.
Niveau 1 : Numérisation (dont la télémédecine)
Le 1er niveau est celui de la numérisation massive des informations médicales, et en particulier de l’imagerie, des résultats d’analyses, de la documentation médicale, etc. qui en facilite le stockage et le traitement, permettant :
- · l’optimisation voire l’automatisation des processus de diagnostic, de soins, de distribution de médicaments, de suivi, de traitement voire d’intervention, jusqu’à leur virtualisation dans la télémédecine par exemple ;
- · un contrôle visuel des éléments-clés (matériels et humains) d’un hôpital ;
- · la miniaturisation, la qualité et les capacités des équipements médicaux ;
- · l’optimisation et la rationalisation du fonctionnement hôtelier et logistique de l’hôpital avec des ERP (Enterprise Resource Planning) dédiés.
Le site www.digitalhospitalnews.com donne une bonne idée de ce que peut être un hôpital numérique, et virtualpalomarwest.org offre un modèle virtuel d’un hôpital « du futur ».
Ce niveau est technologiquement très sophistiqué, demande de lourds investissements et des personnels qualifiés, qui seuls ont un accès direct aux ressources. Son impact sur les organisations et le système de santé est linéaire (nouveaux métiers, modification de certaines étapes des process et protocoles) et prévisible.
Niveau 2 : les TIC
Le 2ème niveau est celui des « TIC[1]« , popularisés par l’Internet, qui ont permis la diffusion massive d’informations vers un large public, ou de personne à personne : les sites web, les emails, plus récemment les SMS et les logiciels de messagerie instantanée (MSN Messenger ou Skype) en sont les outils les plus utilisés.
Les TIC sont maintenant largement utilisés par les organisations de santé et en particulier les hôpitaux pour leur aspect de diffusion large (broadcast) de l’information sous forme de sites web Internet, encore trop institutionnels car peu personnalisables en fonction du profil du visiteur. Les Intranets restent peu utilisés sous cette forme, car l’information « chaude » et en contexte circule beaucoup mieux de bouche à oreille ou avec les outils de communication one-to-one (téléphone, email, SMS, …).
Ces derniers outils ont encore du mal à franchir les frontières des organismes et des cabinets de médecins, mais leur usage par les professionnels est de plus en plus répandu.
Au niveau d’une organisation ou des individus, l’investissement technologique est mineur (et a souvent été en partie déjà fait). Les TIC ont amené dans les pays développés une démocratisation de l’accès à une information contrôlée par quelques fournisseurs officiels. L’impact des TIC dépend de leur usage et surtout des cas et des modes d’usage, très différents d’une personne ou d’une organisation à l’autre. Il a des effets imprévus sur la chaîne de décisions et de circulation des connaissances en court-circuitant les organigrammes et les taxonomies par des liens et hyperliens entre personnes et entre informations.

- Hierarchies et réseaux
Niveau 3 : le 2.0 ou les medias sociaux
Les outils du web 2.0 apparus depuis 2005 ne sont pas basés sur des technologies révolutionnaires, et l’émergence de ce niveau est d’abord due à l’apparition massive de nouveaux producteurs d’information sur le web : tout le monde est en mesure, à un coût presque nul et en temps réel, de rendre visible sur le Net ses productions, sentiments, photos ou vidéos. C’est l’étape de la démocratisation de la production, qui a entraîné une augmentation incontrôlable des informations disponibles et le problème de leur qualification.
Rapidement s’est ajouté un autre phénomène : l’extension du réseau d’informations produites par un très grand nombre d’acteurs a facilité la mise en réseau des acteurs eux-mêmes[2], sur des critères de points ou d’intérêts communs, et en ce qui concerne le monde de la santé, de souffrances communes et d’isolement à partager.

- Réseaux d’information et de personnes
Les réseaux de patients étaient déjà présents depuis longtemps sur Internet mais ont véritablement pris leur essor[3] avec les technologies du web 2.0, qui ont multiplié leurs membres, leurs interactions, les informations échangées, leur impact et in fine leur influence sur les systèmes de santé.
Ce qui caractérise ce niveau est également l’immédiateté : les échanges entre personnes sont plus spontanées et plus rapides ; on réagit ou on répond dans l’instant, avec des outils qui simulent et stimulent la proximité physique et facilitent l’empathie. Si les blogs, les wikis et les logiciels de réseaux sociaux remplacent peu à peu les traditionnels forums[4], des outils de micro-blogging (fil de conversation en temps réel constitué de très courts messages[5]) et l’accès à ces outils par téléphone portable ont ajouté une couche de fluidité et de contacts plus informelle et plus rapide qui change la nature même des relations induites et dont il est encore difficile de mesurer les impacts[6].
Si les moteurs du niveau 1 sont les ingénieurs et les médecins, ceux du niveau 2 les organisations, hôpitaux, institutions et laboratoires, ceux du niveau 3 sont les patients, les ePatients[7] comme ils se nomment eux-mêmes aux Etats-Unis.
Les investissements pour les logiciels sociaux sont ici aussi minimaux, d’autant plus que dans la plupart des cas, ce sont des plateformes hébergées[8] et gratuites. Leur impact devient maximal car les patients deviennent acteurs du système de santé, et leur mise en réseau leur donne un statut et une stature comparable à celle des plus grandes organisations. Au fur et à mesure que les professionnels de santé, individuellement ou par leurs organisations, rejoignent ce mouvement, il gagne en force et en complexité.
La quantité d’informations brassées a deux effets principaux :
- la difficulté à assurer de manière centralisée leur sécurité et leur qualité ;
- la possibilité d’études statistiques de grande ampleur notamment sur les symptômes et les effets des traitements, dont la montée en puissance des méthodes d’EBM[9] est un signe fort.
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[1] Technologies de l’Information et de la Communication
[2] réseaux sociaux ou social networks
[3] surtout pour l’instant aux Etats-Unis et dans les pays anglo-saxons
[4] qui continuent pourtant d’exister et d’être dynamiques
[5] voir twitter.com ou identi.ca
[6] voir le § 2.6.1 sur les usages de twitter dans le domaine de la santé
[7] voir e-patients.net : »because health professionals can’t do it alone », « parce que les professionnels de santé d’y arriveront pas tout seuls »
[8] SaaS ou Software as a Service
[9] EBM : Evidence Based Medecine, voir par exemple cette page publiée par le Rochester University Medical Center : http://www.urmc.rochester.edu/hslt/miner/digital_library/evidence_based_resources.cfm











Merci pour la citation concernant http://www.digitalhospitalnews.com qui existe en anglais et en français.
Une conférence et une seule fera le point sur le 2.0 dans la Santé en Europe et il a lieu à Paris. Les Français sont privilégiés. les 6 et 7 avril 2010 à la Cité Universitaire. http://www.health2con.com/paris-2010-fr